Les bonus du DVD sont passionants. Notamment l'entretien avec le réalisateur. Pendant cinquante minutes, Carlos Saura se livre avec une sincérité admirable et un humour communicatif, raconte anecdotes de tournage et décrit sa méthode de travail. Il analyse également son intérêt pour la photographie, qu'il ne considère pas comme un art, car "tout le monde peut prendre une belle photo. Quand on prend une photo d'une fille nue, l'art, c'est la fille".
La personnalité joviale de Carlos Saura (devant laquelle le documentariste a eu la bonne idée de s'effacer) n'est pas pour autant synonyme de pauvreté intellectuelle dans le discours. Ainsi Saura raconte-t-il avec humour que tout le monde (des producteurs aux acteurs) détestait la célèbre chanson Porque te vas de Jeanette et lui avait déconseillé de l'utiliser. Mais Saura suivit son instinct, qui, explique-t-il, est pour lui un des facteurs de la créativité. Bien lui a pas pris, évidemment !
On remarquera également que le cinéaste n'érige pas un instant Cria Cuervos en parabole du fascisme. Pour lui, son film est une oeuvre sur l'enfance, qui lui avait été inspiré, non pas par la situation politique de l'Espagne, par la simple idée de faire une héroïne d'une petite fille meurtrière (et, plus anecdotiquement, par la possibilité de louer une maison juste en face de la sienne pour le tournage !). Saura réfute l'idée que son oeuvre soit "symbolique" et alimente ainsi la notion communément admise que les films ont une vie propre, indépendante des volontés des réalisateurs...
Tous ceux qui ont le souvenir d'avoir découvert Cria Cuervos lors des cours d'espagnol du lycée et d'en avoir eu une analyse trop partielle auront ainsi l'occasion de découvrir les dessous de l'oeuvre, minutieusement détaillée par son créateur lui-même. Quand à ceux qui s'interrogent encore sur la présence des pattes de poulet dans le réfrigérateur de la petite Ana, ils obtiendront enfin la clé du mystère dansles bonus du dvd ! Laissons à Carlos Saura le plaisir de dévoiler le secret.