La mort est partout dans la vie d'Ana depuis que sa mère s'est éteinte après une affreuse et longue maladie. L'enfant l'appelle comme un exutoire à sa souffrance : en cherchant à tuer son père, puis sa tante Paulina, et en proposant à sa grand-mère de l'aider à mourir, elle se confronte à quelque chose qui la dépasse, qu'elle ne comprend pas très bien, et pour laquelle elle a une fascination dérangeante. Fascination qui peut rapidement se transformer en rejet : après avoir caressé les cheveux de son père mort, elle refuse d'embrasser son front dans son cercueil. Comme si la petite fille refusait l'idée que la mort puisse se concevoir de cette manière, dans l'immobilité tragique d'un corps. Ainsi, lorsqu'elle propose à sa grand-mère de lui fournir du poison, Ana l'inclut dans une vision positive de la mort, comme un remède à une triste vie qui n'a plus de sens
Un an après la mort de Franco, ce film sort et trouble encore de nos jours le public, parce qu'il est à la fois un regard universel sur la culpabilité de l'enfance (d'où ce jeu sur les temps de la narration qui rend ce film difficilement explicable et pourtant d'une clarté sensitive incroyable) et une critique de la société franquiste et post franquiste, avec ses dimensions de mensonge, d'interdit, de douleur et de révolte. La resortie de Cría Cuervos est plus qu'un événement, plus qu'un retour...